« Hard Brexit » : quelles seraient les conséquences pour les entreprises françaises ?

Le Brexit prendra effet le 29 mars 2019. Après cette date, le Royaume-Uni et l’Union européenne ont établi une période de transition d’une durée de 21 mois finissant le 30 décembre 2020. Les modalités de cette transition sont en cours de négociation. Ces négociations sont houleuses, car l’Union européenne ne souhaite pas laisser les avantages du marché commun au Royaume-Uni. De plus, la Première ministre britannique Theresa May est fréquemment mise en difficulté lors des négociations et reçoit de nombreuses critiques de la part des parlementaires britanniques. Dans ce contexte, les conséquences du Brexit sur l’activité des entreprises françaises sont difficilement prévisibles.

Un « Hard Brexit » est un des scénarios possibles, si les deux parties ne trouvent pas d’entente à la fin de la période de négociation. Ce scénario implique un retour des barrières douanières selon les normes de l’OMC avec une mise en place de barrières tarifaires et non tarifaires par secteur. Avec ce scénario, les conséquences pour les entreprises françaises sont multiples et les PME seront les premières impactées : perturbation des chaînes d’approvisionnement, hausse des prix et perte de compétitivité.

Selon les cabinets de conseils Oliver Wyman et Clifford Change, un « Hard Brexit » aurait un coût direct de 70 milliards d’euros par an. Ce coût serait partagé entre l’UE et le Royaume-Uni à hauteur de 37 milliards et 32 milliards respectivement. Dans le cas d’un accord semblable à l’Union Douanière, le coût du Brexit serait de 17 milliards pour l’UE et 21 milliards pour le Royaume-Uni.

La France serait le troisième pays le plus impacté, à hauteur de 4 milliards d’euros, le Royaume-Uni étant le 5e client de la France et son 8e fournisseur. La France exporte 28 milliards de biens et services et en importe 32 milliards, principalement des services financiers et des services professionnels. Les entreprises irlandaises, belges, néerlandaises et allemandes seront également fortement perturbées dans leurs activités.

En France, les secteurs les plus touchés seront l’agroalimentaire, les biens de consommation, l’industrie automobile, chimique et aérospatiale. Ces secteurs feront face à une augmentation de leurs coûts d’approvisionnement, car leur chaîne de production est intégrée dans différents pays européens. En parallèle, un retour des barrières tarifaires entraînera une hausse des prix des biens de consommation qui favorisera les produits étrangers peu impactés par le Brexit (vin d’Afrique du Sud, préparation céréalière des États-Unis, etc.)

Certains biens de consommation de luxe (joaillerie, horlogerie, habillement, produits cosmétiques, articles de voyage) pourront bénéficier de l’élasticité du prix de leur produit et répercuter une partie des coûts sur le consommateur final.

Dans ces secteurs d’activité, les entreprises les plus fragiles à ce scénario de « Hard Brexit » sont les 15 000 – 20 000 PME n’exportant pas encore hors de l’UE. Le retour de barrières douanières va fortement modifier leur chaîne d’approvisionnement. En plus de cela, elles devront acquérir des compétences juridiques et règlementaires spécifiques afin d’exporter leurs biens et services vers le Royaume-Uni.

Afin de vous préparer aux conséquences du Brexit, nous vous conseillons de :

  • réaliser une veille régulière sur les avancées des négociations entre le gouvernement britannique et l’UE. Dès à présent, prévoyez les conséquences d’un retour des droits de douane sur votre activité et effectuez les actions nécessaires pour être en conformité.
  • réaliser un audit de vos fournisseurs situés au Royaume-Uni afin de connaître leur importance dans votre chaîne d’approvisionnement et les risques existants en cas de dépendance. Nous vous recommandons également de faire un point avec vos clients concernés par le Brexit afin de connaître leurs attentes et leurs priorités.
  • évaluer l’impact du Brexit sur vos concurrents. Cette étude vous permet de prévoir l’évolution de leur stratégie de développement à l’export et les modifications dans leur chaîne d’approvisionnement.